C’est en étudiant les problèmes d’organisation des « mille dieux » du pays hittite et les mécanismes de régulation qui permettaient aux Hittites d’équilibrer dans leur religion stabilité et changement, identité et différence [2] que je me suis intéressée au développement de la pensée religieuse hittite.

Tout d’abord il faut constater que la religion dite « hittite » contient des éléments empruntés par les Hittites à divers systèmes culturels. Les composantes décelables dans la religion hittite et qui appartiennent à différents noyaux ethniques sont par ordre d’importance: la composante hattie, l’indo-européenne (c.-à-d. hittito-louvite) et la hourrite. Ce n’est pas sans raison que les recherches sur la religion des Hittites se scindent en deux grandes approches méthodologiques : l’une refuse toute idée de la formation du système religieux ordonné chez les Hittites. Par conséquent, la coexistence chaotique des différentes traditions ou bien de certains éléments constitutifs de la religion des Hittites se retrouve sous l’appellation religions anciennes (ou de la période hittite) de l’Asie Mineure. L’autre approche méthodologique suppose l’existence d’une forme de système religieux plus ou moins ordonné, chez les Hittites. C’est ce point de vue que j’adopte et je vais essayer ci-après d’en esquisser les grandes lignes, concernant la formation de ce système et des changements qu’il a subi.

La composante la plus ancienne, fondamentale, de la religion hittite, c’est la composante hattie. [3] Mais alors, une question s’impose inévitablement: comment se fait-il que les Hittites aient emprunté aux Hattis non seulement les divinités principales du panthéon impérial hittite, mais aussi leur conception religieuse? Pour y répondre il faut essayer d’analyser les mécanismes et de suivre autant que faire se peut les étapes de cette adoption d’importance capitale. Je voudrais citer à ce propos la remarque d’E. Laroche, très intéressante du point de vue méthodologique: « La réussite d’un syncrétisme païen ne s’explique guère par une aspiration spontanée des populations en présence vers l’unité des cultes. Elle dépend surtout de la volonté centralisatrice d’un clergé conscient, s’appuyant sur un pouvoir politique fort ». [4] J’ai déjà essayé de montrer  [5] que le Texte d’Anitta (CTH 1) reflète l’intervention consciente du roi Anitta, sa réforme religieuse, si j’ose dire. Cette réforme a culminé, je pense, dans le remplacement de Šiuš, dieu suprême des Nésites, dieu du ciel diurne, dont le nom est dérivé d’une racine indo-européenne *dyeu(s), par le couple de divinités hatties composé d’Eštan et de Taru. Ce qui fait que Šiuš ayant cessé d’exister en tant que divinité, son nom étant devenu un nom commun désignant le dieu.

Eštan et Taru ont continué à dominer le panthéon impérial hittite, présentés respectivement comme la déesse Soleil d’Arinna et le dieu de l’Orage du Hatti. On peut supposer que c’est l’idéologie hattie du pouvoir royal qui a attiré Anitta et l’a incité à une réforme, mettant en branle un processus de syncrétisme hatti-nésite qui, en fin de compte, aboutit à la formation de la religion hittite. Nous ne pouvons pas suivre tout le processus de ce développement. On peut supposer qu’il arriva à son terme à peu près lors de l’apparition des premiers textes hittites, c’est-à-dire vers le XVIe siècle avant J.-C.

Le couple des divinités suprêmes – la déesse Soleil d’Arinna et le dieu de l’Orage du Hatti – était entouré de leurs enfants, tous des divinités hatties: Mezzulla et Zintuhi, Telipinu, les dieux de l’Orage de Nérik et de Zippalanda. Ces divinités, venues de centres religieux locaux, occupaient des places importantes dans le panthéon d’État.

Le panthéon présenté dans les mythes et les rituels de provenance hattie n’est pas homogène. De ce point de vue, il faut bien constater que les relations de parenté – les parents, la femme et les enfants de la figure principale des mythes, par exemple le dieu de l’Orage, diffèrent d’un texte à l’autre. [6] Il est évident que les hattis n’étaient pas parvenus à unifier leurs panthéons locaux et qu’il n’existait pas de panthéon commun à toutes les cités du Hatti, bien qu’on puisse supposer qu’une partie des divinités, ainsi que la trame des mythes s’y rapportant, étaient communes à toutes.

On peut reconstruire deux schémas principaux du panthéon hatti:  [7] 1. Au sommet du panthéon se trouve le couple de la déesse-Soleil et du dieu de l’Orage entourés de leurs enfants / petits-enfants et de quelques dieux.

2. Au sommet du panthéon se trouve le dieu de l’Orage, le fils de la déesse-Soleil. Le père étant un dieu peu important, il n’est pas toujours mentionné par son nom. Le dieu de l’Orage possède des enfants, une femme et une concubine.

Dans les panthéons des grands centres religieux on trouve aussi quelques autres divinités. Ceux des centres d’importance secondaire se réduisent au couple ou à la triade de divinités. Le panthéon hittite officiel est fondé essentiellement sur le premier schéma, mais il a aussi intégré le second. C’est pourquoi la couche cultuelle hattie compte plusieurs générations du dieu de l’Orage. Ce double schéma se révéla être assez commode et il a beaucoup facilité l’adoption de nouveaux cultes: on peut dire que la place était réservée d’emblée pour n’importe quel dieu de l’Orage des cités ou pays voisins. [8]Cette particularité du panthéon a dû s’avérer pratique pour les prêtres hittites confrontés à la nécessité de classer les divinités, dont la quantité a augmenté au cours de l’histoire, au fur et à mesure de l’agrandissement du royaume hittite et de la constitution du panthéon impérial. Mais quelle solution les prêtres hittites allaient-ils trouver?

D’une part, ils laissent intact des divinités venues de pays voisins tels que le Kizzuwatna, les royaumes de Syrie du Nord ou des cultes locaux d’Anatolie centrale. Toutes s’enracinent dans la religion hittite avec leurs fêtes et rituels. Aussi découvre-t-on dans certains textes de rituels on découvre le panthéon de tel ou tel centre local, son système religieux. [9]D’autre part, quand ces divinités accèdent au panthéon impérial, les prêtres hittites les classent selon leurs fonctions ou bien leur nature. L’Assemblée divine (tuliya-), présentée dans des listes divines officielles bien organisées, est attestée dans les différentes sortes de textes – mythes, descriptions des fêtes, instructions, prières, et surtout dans les traités. On peut distinguer ici un groupement typologique / fonctionnel. Le groupe fonctionnel comprend la divinité, issue du syncrétisme hatti-nésite, ses hypostases et ses innombrables variantes locales, et des divinités « étrangères », c.-à.d. les divinités introduites dans le panthéon officiel à l’issue du syncrétisme hatti-nésite et qui sont, en fait, leurs homologues d’après leur fonction. Le tableau №1 illustrera mon propos ; y sont présentés à titre d’exemple des extraits de listes des dieux témoins des traités et un extrait de la prière de Mursili II. Les extraits sont rangés dans l’ordre chronologique. L’ordre d’énumération des dieux est un peu dérangé dans CTH 53 et dans 379 dans un but de comparaison, pour voir comment se complète le groupe fonctionnel:

1. Tableau des listes de dieux

Traité avec les Gasgas(CTH 139)/KBo 8.35 Vo II 9’ sqq.: Traité entre Šuppiluliuma I et Tette du Nuhasse(CTH 53) /KBo 1.4 + IV 9′ sqq.: Prière de Muršili à tous les dieux(CTH 379)/KUB 48.111 + I 1sqq.
DIM le dieu de l’Orage le dieu de l’Orage du ciel, le dieu de l’Orage] du Hatti, [Šeri, Hurri, la montagne Nanni, la montagne] Hazzi, [le dieu de l’Orage du m arché(?), le dieu de l’Orage de l’armée, le dieu de l’Orage de …, le dieu de l’Orage de Halap, le dieu de l’Orage de Zippalanda, le dieu de l’Oragede Nérik, le dieu de l’OragedeLihzina], le dieu de l’Orage[des ruines, le dieu de l’Orage]de Hiššašhapa, [le dieu de l’Oragede] Šahpina, le dieu de l’Orage[deŠapinuwa, le dieu de l’Oragede] Pittiyarik, le dieu de l’Orage [deŠamuha, le dieu de l’OragedeHurma], le dieu de l’Oragede Šarišša, [le dieu de l’Orage] de l’aide, le dieu de l’Oragede Uda, [le dieu de l’OragedeKizzuwatna, le dieu de l’Orage] d’ Išhupitta, le dieu de l’OragedeNuhašše Le dieu de l’Orage du Hatti, [Le dieu de l’Orage de] Zippalanta, Šeri, Hurri, [le dieu de l’Orage pihaimi(?)], tous les dieux de l’Orage
DZA.BA4.BA4 le dieu de la guerre le dieu de la guerre, le dieu de la guerre du Hatti, le dieu de la guerre d’Illaya,l e dieu de la guerre d’Arziya, Yarri, Zappana Le dieu de la guerre, [to]us les dieux de la guerre
DLAMMA le dieu protecteur [le dieu protecteur], le dieu protecteur du Hatti, Zithariya, [Karzi], Hapantaliya, le dieu protecteur deKarahna, [le dieu protecteur de le steppe, le dieu protecteur]de la toison (?) Le dieu protecteur, [le dieu protecteur du] Hatti, tous les dieux protecteurs

De telles listes représentent indubitablement une tentative de systematisation des différents noms (hatti, hittite, louvite ou autre) d’une divinité. Ainsi, le nom du dieu « étranger » dans tel ou tel groupe de la liste des dieux hittites devait être conçu comme l’équivalent du nom hittite de la divinité. L’existence d’un tel « glossaire » dans l’empire plurilingue des Hittites ne saurait nous étonner.

L ‘usage de sumérogrammes était aussi très commode: d’une part, le sumérogramme donnait le titre d’un groupe de dieux exerçant la même fonction et, d’autre part, il pouvait s’entendre de diverses manières: chacun dans l’empire hittite pouvait le lire comme il voulait : en hatti, en hittite, en hourrite, etc. [10]

Je crois que le système religieux ouvert des Hittites, qui donne une impression de tolérance particulière même parmi les religions polythéistes, était fondé sur la structure ouverte du panthéon, qui, en l’absence d’une hiérarchie stricte, permettait de placer n’importe quel nombre de divinités dans le groupe fonctionnel d’une divinité.

Cette invention des théologiens ou politiciens hittites représentait, sans aucun doute, un système assez souple. Il exprimait la concomitance du multiple dans l’unique et arrangeait la coexistence des « mille dieux » des Hittites.

Une telle solution apportée au problème de l’unicité et de la pluralité de leurs dieux a dû pousser les Hittites à des réflexions sur l’essence du divin et sur divers problèmes théologiques…

Les prières hittites sont très significatives à cet égard. Chacun de ces textes – comme l’a remarqué R. Lebrun à juste titre – s’avère novateur, tout en gardant une constante traditionaliste. [11]

Il est notable que les prières manifestant un tournant dans la pensée religieuse hittite, couvrent une période d’à peine deux siècles. Le royaume hittite, lui, n’a duré que cinq siècles. Toutes proportions gardées, l’intensité et la dynamique de ce développement nous rappellent un peu le développement de la pensée en Grèce classique.

Parmi les prières hittites on nommera ici en premier lieu la prière de Kantuzzili (CTH 373, datée du début du XIVe siècle). Ce texte représente le tout premier échantillon d’une nouvelle forme de prière hittite, la prière personnelle. [12] Les célèbres prières de Muršili, connues sous le titre de prières de la peste, révèlent sans aucun doute les réflexions théologiques de ce roi. L’héritier spirituel de Muršili était son fils Muwatalli. [13]

Je considère l’activité religieuse du roi Muwatalli comme le point culminant de l’évolution de la pensée religieuse hittite et voudrais examiner plus en détail certains aspects de l’oeuvre de ce roi.

C’est un fait bien connu que le roi Muwatalli a abandonné sa capitale Hattuša, pour s’installer à Tarhuntašša, une ville du sud. Ce déplacement est interprété en général comme un acte stratégique, qui s’expliquerait par la menace kaška[14] et par un désir de se rapprocher des frontières occidentales et méridionales, [15]  le royaume hittite étant à la veille d’une guerre avec l’Egypte.

Je partage totalement l’opinion d’Itamar Singer, l’auteur d’une excellente édition de la prière de Muwatalli (CTH 381), qui, n’excluant pas entièrement des considérations stratégiques de la part de Muwatalli, croit pourtant que le transfert de la capitale à Tarhuntašša doit être considéré dans le contexte plus large des réformes religieuses de Muwatalli. [16] Ce fait, d’aprèsI. Singer, est lié étroitement à l’adoption d’un « nouveau » dieu par Muwatalli et à ses conséquences théologiques. Ce dieu – le dieu de l’Orage, pihaššaššiš Tarhuntaš, dont l’étymologie louvienne ne laisse plus aucun doute, et qui n’est pas attesté avant Muwatalli, aurait été « découvert » (ou bien créé) par Muwatalli et serait devenu son dieu personnel. Selon I. Singer, on peut y voir une situation analogue à la fondation de la nouvelle capitale par Akhénaton en l’honneur d’Aten, hypostase du dieu Soleil – Re.

Je me permets de remarquer que le système religieux hittite, tel que je le conçois, n’aurait nullement empêché Muwatalli ni de recevoir et d’instaurer un nouveau culte dans le panthéon impérial, ni non plus de promouvoir telle ou telle divinité ou de remplacer une hypostase par une autre hypostase. Donc, pour que Muwatalli ait eu besoin de transférer sa capitale, pour des motivations religieuses, il devait songer à des changements radicaux dans le système religieux hittite. Est-il possible de révéler dans les conceptions théologiques de Muwatalli les changements fondamentaux qui devaient causer l’écroulement de ce système?

Je voudrais revenir au texte de la prière de Muwatalli (CTH 381) qui, me semble-t-il, rend manifeste des aspects très suggestifs de l’activité religieuse de ce roi.

D’après le préambule (I 1-4): UM-MA ta-ba-ar-na mNIR.GÁL LUGAL.GAL LUGAL KUR URUHa-at-ti (2) [DUMU] mMur-ši-i-li LUGAL.GAL LUGAL KUR URUHa-at-ti UR.SAG ma-a-an UN-[ši] (3) [me-m]i-aš ku-iš-ki na-ak-ki-ya-aš-zi nu-za A-NA DINGIRMEŠ ar-ku-wa-ar (4) [D]Ù-zi

« Ainsi (parle) le Tabarna Muwatalli, grand roi, roi du pays hittite, fils de Muršili, grand roi, roi du pays hittite, le héros: Si quelque problème accable / trouble un homme / (c’est à dire: s’il a mauvaise conscience), il présentera sa plaidoirie aux dieux / (se justifiera devant les dieux) ».

Rappelons-nous les particularités de la prière, souvent notées dans la littérature spécialisée: le péché de Muwatalli n’est pas nommé dans le texte; ne sont pas nommées non plus ni la cause ni les circonstances qui pourraient le justifier devant les dieux, comme c’est pourtant souvent le cas dans les textes des prières personnelles hittites.

Parmi les particularités de la prière on notera aussi le fait qu’elle ne contient aucune demande concrète formulée par le roi en échange de sa plaidoirie, comme le font d’autres rois hittites. Cela pourrait indiquer que nous sommes en présence d’un modèle de prière, [17] ce qui peut être considéré en soi comme une tentative de réforme sur le plan théologique. Mais, s’il en est ainsi, ce modèle n’a eu aucun succès, car les rois suivants n’en ont pas fait usage, à en juger d’après les prières qui nous sont parvenues.

Je préfère une autre interprétation et voudrais citer à ce propos deux passages:

1. KUB 6.45 I 25-32 / 6.46 I 27-33: (25) EGIR-ŠU-ma-za ŠA ZI-YA A-WA-TEMEŠ ar-ku-wa-ar i-ya-mi nu-mu DINGIRMEŠ (26) ENMEŠ GEŠTUG-an pa-ra-a e-ep-tén nu-mu ke-e ar-ku-wa-ar-riHI.A (27) iš-ta-ma-aš-tén nu-za A-WA-TEMEŠ ku-e A-NA DINGIRMEŠ ENMEŠ ar-ku-wa-ar (28) DÙ-mi nu ki-i A-WA-TEMEŠ DINGIRMEŠ ENMEŠ da-at-ti-in iš-ta-ma-aš-ti-ni-ya-at (29) ku-e-ma-mu A-WA-TEMEŠ Ù-UL iš-ta-ma-aš-te-ni am-mu-uk-ma-za-at (30) A-NA DINGIRMEŠ ar-ku-wa-ar i-ya-mi-pát na-at-mu-kán UN-az (31) KAxU-az ša-ra-a ú-iz-zi-pát na-at DINGIRMEŠ ENMEŠ (32) iš-ta-ma-aš-šu-wa-an-zi para-a tar-ni-iš-tén

I. Singer traduit:

« Divine lords, lend me (your) ear, and listen to these my pleas! (27) And the words which I will make into a plea to the divine lords, (28) these words, divine lords, accept and listen to them! (29) And whatever words you do not (wish to) hear from me, (30) and I nevertheless persist in making them into a plea to the gods, (31) they merely emerge from my human mouth; (32) refrain from listening to them, divine lords ». [18]

Et si l’on admettait que c’est Muwatalli qui va se justifier devant tous les dieux, car il a mauvaise conscience et ressent le besoin de se repentir (cf. I 1-3, III 46)? [19]  Mais, dans ce cas, en quoi consiste le péché de Muwatalli et pourquoi ne le nomme-t-il pas? Pourquoi donc les dieux devraient-ils « s’abstenir d’écouter » Muwatalli? Sa faute est-elle si grave que, bien qu’osant plaider sa cause devant les dieux, en leur rappelant que ses mots sortent de sa bouche de mortel, Muwatalli n’ose pas se faire écouter d’eux?

2. Examinons maintenant le passage KUB 6.45 III 45-47/ 6.46 IV 14-16: nu am-me-el ku-wa-pí A-WA-TEMEŠ DINGIRMEŠ iš-ta-ma-aš-ša-an-zi (46) nu-mu-kán ku-iš i-da-lu-uš ZI-ni an-da (47) na-an-mu DINGIRMEŠ EGIR-pa SIG5-ah-ha-an-zi šar-la-an-zi.

Je donne ici la préférence, pour la traduction du contexte, à l’interprétation traditionnelle du verbe šarlai- – « erhöhen, verherrlichen, rühmen, preisen; [20]  let prevail »: [21]

« Lorsque les dieux entendront mes paroles, les dieux corrigeront / remetteront dans l’ordre et feront triompher / ennobliront (!) ce qui est mauvais dans mon esprit ». [22]

Il est fort probable que « ce qui est mauvais dans mon esprit », de même que « ce qui est dans le coeur de sa Majesté » (IV 46: kue AWATEMEŠ ANA DUTUŠI ŠÀ-ta/karta), désigne le péché de Muwatalli. Mais, s’il en est ainsi, en quoi consiste le péché qui triompherait ou serait ennobli par les dieux? À mon avis, il pourrait s’agir de la réforme religieuse de Muwatalli.

La partie du texte contenant la description du rituel présente des indications suggestives allant dans ce sens. On y remarque, je dirais, comme un désir qu’a le roi de séparer le couple suprême: la déesse Soleil d’Arinna et le dieu de l’Orage du Hatti.

Dans le préambule (I 4-6) il est question de deux tables d’offrandes, dont l’une est destinée à la déesse Soleil d’Arinna et l’autre aux dieux masculins, au nombre desquels devrait se trouver le dieu de l’Orage du Hatti. La façon dont les offrandes sont distribuées est aussi énigmatique (IV 4 sqq.). [23]

On remarquera que les divinités qui ne disposent pas de tables d’offrandes pendant le sacrifice (tous les dieux du Hatti, Seri et Hurri, toutes les déesses du Hatti, les montagnes, les rivières), reçoivent leurs offrandes rangées sur la table de la déesse Soleil d’Arinna et sur celle du dieu de l’Orage Pihaššašši.

Il est vrai que le dieu de l’Orage du Hatti – tout comme la déesse Soleil d’Arinna – diffère des autres dieux, en ce qui concerne les sortes d’offrandes, mais, dans l’ordre hiérarchique des divinités évoquées à ce propos, ses deux hypostases principales (le dieu de l’Orage du ciel et celui du Hatti) occupent la quatrième et la cinquième place, précédées de la déesse Soleil d’Arinna, du dieu de l’Orage Pihaššašši, de Hebat, et suivies du dieu de l’Orage de Zippalanda (IV 4 sqq.).

Dans la longue liste des panthéons locaux (I 37 sqq.) la capitale – Hattuša – est nommée après Arinna, Šamuha, Katappa. [24]

Un autre détail est d’importance: le dieu de l’Orage du Hatti est désigné dans le texte, comme d’habitude, par DU URUHatti. Une fois seulement (I 33) il est désigné par DU ŠA KUR URUHatti. Autant que je sache, c’est un cas unique. [25] Je me demande si cela ne voudrait pas nous laisser entendre que la désignation traditionnelle ne vaut dans ce texte que pour le dieu de l’Orage de la cité de Hattuša, c’est à dire pour le dieu local.

La vénération pour le dieu de l’Orage Pihaššašši, exprimée dans la prière qui lui est adressée directement, sort de l’ordinaire, même s’il s’agit du dieu personnel du roi. Selon la remarque, justifiée, de R. Lebrun, « cette notion d’une divinité tutélaire du roi, à l’origine parfois de second plan au niveau officiel, est nouvelle et significative au plan politique ». [26] Mais ce qui est remarquable à mon avis, c’est que le texte contient des indices – indirects cependant, et émis avec beaucoup de précaution – sur la discrimination du parèdre traditionnel de la déesse d’Arinna au profit du dieu de l’Orage Pihaššašši, qui semble prendre place à côté de la déesse Soleil d’Arinna au détriment du dieu de l’Orage du Hatti.

2. Tableau des listes de dieux

A B C
« Prière de Muwatalli » KUB 6.45 I 10 sqq. « Prière de Muwatalli »KUB 6.45 IV 4 sqq. Traité avec Alaksandu KUB 21.1 IV 1 sqq.
le Soleil du ciel et le Soleil d’Arinna _ ma maîtresse, reine,ma maîtresse, reine du Hatti le Soleil du ciel (attesté dans CTH 381.B I 39)le Soleil d’Arinna [le Soleil] du ciel _ roi des pays, pasteur des hommes, le Soleil d’Arinna, [reine] des pays
le dieu de l’Orage – roi du ciel, mon maître le dieu de l’Orage Pihaššašši le dieu de l’Orage Pihaššašši _ dieu personnel de « Mon Soleil », dieu de l’Orage « vaillant » (NIR.GÁL/Muwatalli), [roi des pays]
Hebat _ reine, ma maîtresse Hebat
le dieu de l’Orage du Hatti _ roi du ciel, seigneur du Hatti, mon maître le dieu de l’Orage du cielle dieu de l’Orage du Hatti [le dieu de l’Orage du Hatti] _ roi des pays, dieu de l’Orage HI.HI/ Pihaššašši
le dieu de l’Orage de Ziplanda – mon maître, fils chéri du dieu de l’Orage, seigneur du Hatti le dieu de l’Orage deZippalanda le dieu de l’Orage de Zippalanda,[le dieu de l’Orage de Nerik], etc.
Šeri (et) Hurri tous les dieux du Hatti Šeri, Hurri, Namni, Hazzi
                                                                                                                           Hébat, reine du ciel …
(tous) les dieux Šeri (et) Hurri (tous) les dieux
(toutes) les déesses les déesses (toutes) les déesses
(toutes) les montagnes les montagnes les montagnes
(toutes) les rivières les rivières les rivières

On remarquera, entre autres, que dans la colonne C) le dieu de l’Orage Pihaššašši est accompagné du dieu de l’Orage pourvu de l’épithète « Muwatalli »/c.-à.d. vaillant.

À la section suivante, le revoilà mentionné – et cette fois à côté du dieu de l’Orage du Hatti; On serait tenté de considérer que le « le dieu de l’Orage du ciel », mentionné au-dessous de Hébat dans la colonne B), et le « le dieu de l’Orage – roi du ciel », mentionné au-dessus de Hébat dans la colonne A), sont bien tous deux le dieu de l’Orage Pihaššašši.

Pihaššašši semble être, pour ainsi dire, identifié au dieu de l’Orage du ciel. Je voudrais insister sur son épithète EN nepišaš « le maître du ciel » (KUB 6.45 III 51).

Il est fort probable que la légende hiéroglyphique des sceaux SBo I 38-41, Bog V 1 – GRAND ORAGE (du) CIEL se rapporte au dieu enlaçant le roi. Or ce dieu pourrait être le dieu de l’Orage Pihaššašši. [27]

Certes, d’après Hattušili, le dieu de l’Orage Pihaššašši est le dieu sur l’ordre duquel Muwatalli a établi sa résidence à Tarhuntašša et y a transféré les dieux du Hatti et les mânes de ses ancêtres:

Apologie de Hattušili (CTH 81) I 75 II 1-2 II: GIM-an-ma ŠEŠ-YA mNIR.GÁL-iš IŠ-TU A- MA-AT DINGIRLIM-ŠU (76) I-NA KUR ŠAP-LI-TI kat-ta pa-it URUHa-at-tu-ša-an-ma ar-ha tar-na-aš (II 1) nu ŠEŠ-YA DINGIRMEŠ URUKÙ.BABBAR-TI GIDIMHI.A-ya ša-ra-a da-a-aš (2) na-aš I-NA KUR URU[ŠAP-LI-TI kat-ta] pí-e-da-aš

« Lorsque Muwatalli, mon frère, suivant le command de son dieu, partit aux Bas-Pays et avait laissé Hattuša, mon frère prit avec lui les dieux de Hatti et les mânes, et les emmena aux Bas-Pays ». [28]

Pourtant, Muwatalli n’oublie pas la tradition, du moins à cette époque. En effet, la prière est adressée d’abord à la déesse Soleil d’Arinna, dont le roi est le grand-prêtre privilégié depuis le début de son règne, lui qui se déclare « prêtre de la déesse Soleil d’Arinna et de tous les dieux » (III 29-30): ANA DUTU URUTÚL-na Ù ANA DINGIRMEŠ humandaš LÚSANGA.

Muwatalli adresse sa plaidoirie à l’assemblée des dieux du Hatti en proposant aux lecteurs ou auditeurs du texte une longue liste de dieux, comptant 83 toponymes et près de 140 théonymes. Il est vrai que, à la différence d’Akhénaton, Muwatalli ne cherche pas à éliminer dieux et cultes traditionnels, mais pourtant, en les présentant d’après les centres locaux, en soulignant ainsi le principe de localité, Muwatalli brise l’unicité du panthéon impérial. À la fin de la liste, nous lisons (KUB 6.45 III 4 sqq.) : « les dieux (et) les déesse du roi et de la reine qui ont été nommés [29] (et) qui n’ont pas été nommés, (ceux) dont les temples le roi et la reine fréquentent et (ceux) dont les temples ils ne fréquentent pas, et pour qui, pourtant, les prêtres font des sacrifices … » Muwatalli semble absorbé par le souci de n’oublier aucune divinité. Mais on a l’impression qu’il pourrait s’agir ici d’une liste d’adieu: Comme si Muwatalli, en invoquant tous les dieux du Hatti pour se justifier devant eux, avait eu en même temps l’intention de prendre congé et de se séparer d’eux d’un seul coup.

La réforme, qui transparaît dans la prière, devait, sans nul doute, toucher à l’essence des divinités suprêmes, à leur position dans le panthéon impérial et aux rapports entre le roi et les dieux suprêmes. Je me demande si l’activité religieuse de Muwatalli ne visait pas à instaurer soit un monothéisme (une monolâtrie) [30] soit la divinisation du roi (de son vivant), ou peut-être même à combiner ces deux développements possibles (qui sont, en fait, indissociables)?

Il est probable que Muwatalli a réalisé (ou a voulu réaliser) son programme de réformes avec précaution et par étapes. Rappelons-nous l’innovation iconographique de ses sceaux – l’existence d’une scène centrale, et l’ambiguité exprimée par les légendes des sceaux (SBo I 38-41, Bog V 1), portant notamment sur les noms et la titulature du roi et du dieu. Voici un résumé succint des problèmes posés par ces sceaux : [31]

a. l’absence du disque ailé au-dessus du nom dynastique du roi dans la légende de gauche: MAGNUS+REX/grand roi Muwatalli;

b. l’absence du déterminatif divin sur la légende de droite au-dessus du bras du dieu (MAGNUS TONITRUS CAELUM) et sa relation à la personnalité du dieu représenté au centre;

c. la composition de la légende sous le bras du dieu et son interprétaton: si on l’interprète comme le nom de naissance du futur Muwatalli, la présence du signe MAIESTAS (SOL2) présente une difficulté;

d. la composition de la légende cunéiforme [32] et sa relation à la scène centrale. Puisqu’il est fort probable que le dieu enlaçant le roi dans la scène centrale est le dieu de l’Orage Pihaššašši, son absence dans la légende cunéiforme exige une explication.

Cette ambiguité se retrouve dans les textes. Par exemple, dans CTH 381 Pihaššašši n’est pas mentionné dans le préambule parmi les dieux principaux du Hatti, alors qu’une des plus impressionnantes parties de la prière lui est adressée. Quant à l’autre prière de Muwatalli CTH 382, on a du mal à définir le « destinataire » : s’agit-il de Tešub de Kumanni ou bien d’une hypostase plus universelle, ou bien encore du dieu de l’Orage Pihaššašši ? [33]

Ces ambiguités me paraissent conscientes et pourraient correspondre à une certaine étape de l’activité réformatrice. On ne sait pas si Muwatalli a réussi à réaliser ses intentions– en tout ou en partie – au cours de son règne. Quoi qu’il en soit, le nom dynastique d’origine louvite et le transfert de la capitale au sud, dans le territoire louvite, d’une part, le respect de la tradition anatolienne attesté par Hattušili et peut-être évoqué par son nom, [34] d’autre part, pourrait indiquer un changement fondamental suivi d’un retour à la norme, tout comme ce qui s’est passé en Egypte après le règne d’Akhénaton. Des allusions à ce processus supposé, il s’en trouve sans doute dans l’Apologie de Hattušili, où il parle du « dieu méchant » (huwappa- DINGIR-), dans la lettre à Ramses où Puduhepa accuse Urhi-Tešub d’avoir ruiné la résidence royale à Hattusa, en donnant tout ce qui restait au Grand Dieu (DINGIR GAL). [35]  N’est-ce pas ce même dieu à qui Muwatalli avait donné, d’après la prière de Hattušili et Puduhepa (CTH 383), l’argent et l’or appartenant à tous les dieux? Dans cette prière à la déesse Soleil d’Arinna, Hattušili et Puduhepa expriment de la manière suivante leur sentiment concernant le transfert par Muwatalli de la capitale et de ses dieux (KUB 14.7 I 3 sqq.)  [36]  : (3)…[DINGIRMEŠ-aš-ma-at-ta ar-nu-um-mar (?)] (4)[ma]-a-an ZI-an-za [e-eš-ta ma-a-an-ma-at-ta Ú-UL] (5)[Z]I-an-za e-eš-t[a na-at tu(-e)-el A-NA ZI DINGIR-LIM GAŠAN-YA] (6)ku-iš an-da ša-ak-ta [am-mu-ug-ma-za-kán] (7)ta-pa-ri-ya DINGIRMEŠ-aš ar-n[u-um-ma-aš an-da Ú-UL] (8)e-šu-un GEŠPÚ-ah-hu-u-wa-aš-ma[-mu ut-tar e-eš-ta] (9)EN-YA-aš-mu e-eš-ta DINGIRMEŠ -aš-ma[-m]u ar[-nu-um-mar (?)] (10)Ú-UL ZI-an-za e-eš-ta a-pé-e-da-ni[-ya-za ta-pa-ri-ya] (11)pí-ra-an ú-e-ri-te-iš-sa-an-za e-šu-u[n]

« Si le trans[fert des dieux était] conforme à la volonté [de la déesse Soleil d’Arinna, ma Dame, ou si cela n’]était [pas conforme à ta] volonté, c’est toi, [ma Dame], qui le savais [dans ton esprit, ô déesse, ma Dame. Mais je ne fus nullement] impliqué [dans cet] ordre concernant le trans[fert] des dieux. [Pour moi c’était une affaire] de contrainte/de pression, [parce qu’]il était mon maître. Mais [le transfert] des dieux n’était pas conforme à ma volonté, face à cet [ordre] j’eus peur/je fus craintif ».

Il ne faut cependant pas oublier que les successeurs de Muwatalli ont mis à profit certaines innovations idéologiques provenant de son époque et que nous révèlent la « Umarmungsszene » ou le capuchon conique orné de cornes porté par le roi. [37]

On est tenté de considérer que ce n’est pas par hasard que Hattušili III emploie, quand il parle du décès de ses prédécesseurs – Šuppiluliuma(?), Muršili, Muwatalli – non pas l’expression traditionnelle DINGIRLIM-iš kiš- « devenir dieu », mais parfois le verbe ak(k)-/ek(k)- « mourir ». [38] Que signifie donc cela: l’adoption de la nouvelle conception de Muwatalli ou son rejet? La désacralisation du roi ou l’idée de la divinisation du roi de son vivant?

***

Il me semble que les éléments originaux et novateurs dans la pensée religieuse hittite de l’époque impériale doivent être compris comme le résultat d’une longue évolution. [39] La structure ouverte du panthéon impérial issue des panthéons locaux anatoliens, la solution apportée au problème de la coexistence des « mille dieux » par le génie hittite aurait préparé un terrain favorable pour les idées monothéistes. [40]


1. Texte de l’exposé présenté à l’Université de Paris I, sur l’aimable proposition de Monsieur Michel Mazoyer. Diverses idées présentées ici sont développées dans : Zur hethitischen Religion, Tbilissi 1996; Les divinités hatties dans le panthéon hittite, Caucasica 5, 2002 ; exposé présenté au Ve Congrès International d’Hittitologie (Çorum, 2002). Je voudrais remercier cordialement Madame Marie-Claire Perroudon d’avoir eu l’amabilité de lire et de corriger mon texte français.

2. I. Tatišvili. La religion hittite. Genèse, formation et structure du panthéon, Tbilissi 2001, 20042 (en géorgien, avec un résumé en allemand).

3. Voir, par ex., A. Goetze, Kleinasien, München 19572, 135; A. Kammenhuber, Das Hattische. Handbuch der Orientalistik, Abt. I, Bd. 2, Leiden, Köln 1969, 428; E. Neu, Der Alte Orient: Mythen der Hethiter, Bochumer Altertumswissenschaftliches Colloquium 2, 1990, 94; J. Klinger, Untersuchungen zur Rekonstruktion der hattischen Kultschicht, StBoT 37,1996. Pour un point de vue différent, selon lequel l’héritage indo-européen est prédominant dans la culture hittite, voir en premier lieu: E. Masson, Le combat pour l’immortalité, Paris 1991, 26 sq.; id., Le bilinguisme hittito-hatti au début du royaume. Le bilinguisme dans le Proche-Orient ancien, Paris, 1996, 23 sqq.; Certes, les Indo-Européens d’Anatolie ont subi l’influence de la civilisaton des Hattis, mais ils ont aussi conservé leurs propres traditions. Poursuivant le propos de cet article, ce qui m’intéresse ici ce sont les mécanismes d’adoption et les conséquences qui en découlent dans la pensée religieuse des Hittites.

4. E. Laroche, Un syncrétisme gréco-anatolien: Sandas = Héraklès. Les syncrétismes dans les religions grecque et romaine. Actes du Colloque de Strasbourg (1971), Paris 1973, 104.

5. Tatišvili, Zur hethitischen Religion, 4 ff.; id. La religion hittite, Tbilissi 20042, 102 sqq., 175 sqq.

6. Cf. G. Steiner, Gott, RLA 3-7, 1969, 553 ff.; C.-G. Brandenstein, Hethitische Götter nach Bildbeschreibungen in Keilschrifttexten, MVAeG 46/2,1943, 72 ff.

7. Je me reporte aux données présentées par J.Klinger dans : Untersuchungen, 169 ff.

8. Tatišvili, Les divinités hatties, 109 sqq.

9. Pour les panthéons locaux se référer à E.Laroche, Panthéons d’Asie Mineure. L’organisation des dieux chez les Hittites. Dictionnaire des Mythologies, Paris 1981, 237 sqq.; R. Lebrun, Les religions hittites et asianiques. Encyclopédie des religions 1, Bayard Éditions, 1997, 80 sqq.; V. Haas, Geschichte der Hethitischen Religion, Leiden/New York/Köln 1994, 539 ff., 583 ff.; B.Sergent, Panthéons hittites trifonctionnels, RHR 200, 1983, 136 sqq.; J.Hasenbos, The Organisation of the Anatolian Local Cults During the 13th Century B.C., Leipzig 1998.

10. Cf. E. Laroche, Recherches sur les noms des dieux hittites, Paris 1947, 132 sq.; R. Lebrun, Hymnes et prières hittites, Louvain-la-Neuve 1980, 17. Pour la Gleichsetzungstheologie en Babylonie voir W. von Soden, Das Fragen nach der Gerechtigkeit Gottes im Alten Orient, MDOG 96, 1965, 45ff.

11. Lebrun, Hymnes, 461 sqq.

12.Voir I. Singer, Kantuzzili the Priest and the Birth of Hittite Prayer, Fs. M. Popko, Warsaw 2002, 302 ff.; M. Mazoyer, A propos des relations entre les Dieux et les Hittites, Dieu Miséricorde Dieu Amour. Actes du colloque – Patrimoine Syriaque VIII. Editions du CERO 2003, 29 sq.

13. Il porte le nom de la divinité personnelle de son père: Muršili se nommait, on le sait, « le favori du dieu de l’Orage NIR.GÁL / Muwatalli / « vaillant ». Cette divinité se rencontre régulièrement dans les textes du règne de Muršili et n’est pas attestée avant. Voir KBo 1.28 obv. 3 et le sceau provenant d’Ugarit (Ugaritica III, sceau 1/RS 14.202/ RS 17.235+335 + 379 + 381?). Cf. CTH 68 (Traité de Muršili avec Kupanta-Kurunta du pays de Mira-Kuwaliya) où le dieu de l’Orage « vaillant » est mentionné avant le dieu de l’Orage du ciel. Voir KUB 19.52 + IV 9′ sqq.: le Soleil du ciel, [le Soleil d’Arinna], le dieu de l’Orage « vaillant », le dieu de l’Orage du ciel, Šeri, Hurri, etc.

14.Voir, par ex., K. Bittel, Hattuscha – Hauptstadt der Hethiter, Köln 1983, 30.

15. Voir, par ex., F. Cornelius, Geschichte der Hethiter, Darmstadt 1973, 224; E. von Schuler, Die Kaškäer, Berlin 1965, 55.

16. I. Singer, Muwatalli’s Prayer to the Assembly of Gods through the Storm-God of Lightning (CTH 381), 1996, 185 sqq., 191 sqq.; idem, From Hattuša to Tarhuntašša: Some Thoughts on Muwatalli’s Reign, in: Acts of the IIIrd International Congress of Hittitology (Çorum 1996), Ankara, 1998, 535 ff.; idem, The Fate of Hattusa during the Period of Tarhuntassa’s Supremacy, Fs Haas, 2001, 395.

17. Voir par ex.: Lebrun, Hymnes, 289; Singer, Muwatalli, 149 sq. ; idem, Hittite Prayers, Atlanta 2002, 86; idem, Kantuzzili, 306-307, n. 34.

18. Singer, Muwatalli, 53. Cf. Lebrun, Hymnes, 274: « Ô dieux, mes seigneurs, prêtez-moi votre attention, prêtez l’oreille à mes plaidoiries que voici. Dieux, mes seigneurs, accueillez ces paroles que j’adresse en guise d’excuse aux dieux, mes seigneurs, et écoutez-les. Mes paroles que vous n’écoutez pas mais que j’adresse uniquement comme plaidoirie aux dieux, et qui sortent seulement de ma bouche d’homme, ô dieux, mes seigneurs, daignez une fois les écouter. »

19. Cf. Singer, Muwatalli, 147 ff., cf. aussi Lebrun, Hymnes, 289.

20. Voir, par ex., J. Tischler, Hethitisches Handwörterbuch, Innsbruck 2001,145.

21. H.G. Güterbock, An Addition to the Prayer of Mursili to the Sungodess and its Implications, AnSt 30, 1980, 44.

22. Cf.: G. Kellerman, Les Prières hittites (A propos d’une récente monographie), Numen 30, 1983, 275: « Lorsque les dieux entendront mes paroles, ils transformeront en bien et ennobliront le mal qui est dans mon âme »; Lebrun, Hymnes, 281: « Lorsque les dieux entendront mes paroles, les dieux corrigeront leur point de vue en ma faveur et feront triompher ce qui (est) une mauvaise parole dans mon/leur? esprit »; Singer, Muwatalli, 41: « When the gods will hear my word, the bad thing which is in my soul, the gods will put it right and lift it from me ».

23. Voir Singer, Muwatalli, 156, Tableau 3.

24. Pour une explication de ce fait cf. Singer, Muwatalli, 172 ff.

25. Voir B. H. L. van Gessel, Onomasticon of the Hittite Pantheon, Leiden 1998, 800 ff.

26.Lebrun, Hymnes, 288.

27. Voir Singer, From Hattuša, 538.

28. Cf.: II 52-53: …DINGIRMEŠ URUHatti GIDIMHI.A-ya pí-di ni-ni-ik-ta na-aš I-NA URU DU-aš-ša kat-ta pí-e-da-aš « Il rassembla/réunit les dieux de Hatti et les mânes et les emmèna à Tarhuntassa ».

29. En hittite: daranteš. Cf. Singer, Muwatalli, 39; Lebrun, Hymnes, 280: « invoqués ».

30. Cf. A. Dinçol, The RockMonument of the Great King Kurunta, Acts of the IIIrd International Congress of Hittitology, Ankara 1998, 162.

31. Voir, par ex., H.-G. Güterbock, Siegel aus Bogazköy I, Berlin 1940, 22; E. Laroche, Documents hiéroglyphiques hittites provenant du palais d’Ugarit, Ugaritica III. Paris 1956, 117 sqq.; H. Nowicki, Der hurritische Name des Muwatalli, Hethitica V, 1983, 111ff.; H. Gonnet, Remarques sur les sceaux de Muwatalli II, Rencontre Assyriologique Internationale 34/1987, Ankara 1998, 259sqq.

32. [INIR.GÁL LU]GAL (…) [NA-RA-AM] DUTU DIM hi-el-li-pi DŠar-ru-ma (Ù) DKAL (..) IMur-ši-DINGIRLIM LUGAL.GAL UR.SAG « Muwatalli Grand-roi Favori de la divinité solaire, du dieu de l’Orage du Salut, du dieu Šarruma, du dieu protecteur ». Le fait que l’épithète « favori » n’est pas suivie du nom d’un seul dieu, comme c’est le cas en général, surtout avant Muwatalli, mais qu’il est suivi de la liste des dieux, mérite aussi d’être signalé.

33. Voir Singer, Muwatalli, 161-162; Singer, From Hattuša, 540.

34. Cf. M. Forlanini, Remarques sur la dynastie hittite: avant et après Bogazköi, Hethitica 14, 22.

35. KUB 21.38. Voir Ph. H.J.Houwink ten Cate, The Early and Late Phases of Urhi-Tesub’s Career, Anatolian Studies Presented to H.G. Güterbock, Istanbul 1974:125-126; cf. Singer, From Hattuša, 537-538.

36. Ph. H.J. Houwink ten Cate, The Early and Late Phases of Urhi-Tesub’s Career, 125.

37. Cf. Th. van den Hout, Tuthalija IV. und die Ikonographie hethitischer Grosskönige des 13. Jhs., BO LII, 1/2,1995, 546ff.; J. Börker-Klähn. Marginalien zur Bogazköy-Glyptik. SMEA 38, 1996, 39ff.; R.L. Alexander, Contributions to the Interpretation of the Fraktin Reliefs, Acts of the IIIrd International Congress of Hittitology, Ankara 1998, 17; E. Masson, Le complexe cultuel du “Südburg” (Hattusa): quelques réflextions, StBoT 45, 2001, 379 sqq. Dans ce contexte, la mention de mNIR.GÁL dans la liste des dieux du traité d’Ulmi-Tešub (rev. 53’) me paraît très significative. Cf. Th. van den Hout, Der Ulmitesub-Vertrag (StBoT 38), 1995, 69, et le compte-rendu publié par I. Singer dans: BO LIV, 3/4, 1997, 418.

38. Pour les contextes voir Theo van den Hout, Tuthalija IV., 545.

39. Certes, des idées monothéistes n’étaient pas inconnues à l’époque, et l’on ne peut exclure un certain rôle des influences étrangères.

40. Voir contra: G. Wilhelm, “Gleichsetzungstheologie”, “Synkretismus” und “Gottesspaltungen” im Polytheismus Altanatoliens, Polytheismus und Monotheismus in den Religionen des Vorderen Orients (AOAT 298), 2002, 53 ff.